Willem de Kooning (1904 – 1997)

Willem de Kooning est né à Rotterdam. Il se forma en arts appliqués et décoration intérieure, suivit des cours du soir à l’Académie d’art et de technique de Rotterdam.

Il partit aux Etats Unis en 1926. De petits boulots en petits boulot, de ville en ville, il parvint à survivre. Il déménagea  à New York en 1926, ville qui fut une source d’inspiration pour lui. Il alla, par la suite,  se promener dans la campagne, source de nouvelles inspirations. De 1968 à 1970, il voyagea à Paris, Londres où il exposa. Il visita Rome  et partit étudier la technique de dessin japonaise.

Il enseigna à la Yale School of fine Arts and Architecture de New Haven (Connecticut) en 1950.

Il épousa Elaine Fried qui devient une de ses élèves en 1943 puis se sépara d’elle pour vivre avec Joan Ward de qui il aura une fille. Elaine De Kooning dont il n’a pas divorcé le soutint à la fin de sa vie.

Ses débuts furent difficiles. C’est son ami Arshile Gorky qui l’aida à démarrer en le mettant en contact avec le galeriste Sidney Janis. Il obtint des commandes de la WPA (Works Progress Administration) dans le cadre du Projet fédéral de soutien aux artistes lors de la crise économique.

Willem de Kooning est classé parmi les peintres de l’expressionisme abstrait bien qu’il n’ait pas souhaité être classé dans un « isme ».

Le travail de De Kooning est réaliste en 1921. Il reviendra à ce style figuratif tout au long de sa carrière tout en poursuivant ses recherches dans son style très personnel.

Bol, broc et pichet –  Crayon et fusain sur papier – 1921

Portrait d'Elaine Portrait d’Elaine – Crayon sur papier – 1940 – 1941

Nu allongé
Nu allongé (Julie Brauner) – vers 1938

Les tableaux de De Kooning des années 1930 à 40 reflètent la situation de ses contemporains plongés dans le désespoir par la crise économique mondiale. Les figures mélancoliques sont de couleurs gris – rose. Ce sont celles de travailleurs en tenue usée, visage apeurés.

De Kooning réalisait facilement un tableau en deux jours. Puis il faisait quelques pas en arrière, le contemplait (…) et remarquait avec dédain: « facile ». Sa manière de travailler, avec cette attitude autocritique, a souvent été décrite comme un combat « héroïque », une lutte acharnée et un recommencement incessant. « De Kooning peut réaliser un grand tableau en un jour, puis en gratter la peinture en quelques minutes pour le recommencer le lendemain – un tableau par jour pendant toute une année et toujours sur la même toile. » (Thomas Hess)

Homme
Homme – vers 1938

Avant 1954, certaines toiles restaient longtemps dans son atelier. Sur beaucoup d’entre elles, le peintre repassait plusieurs fois, créant une succession de couches, qu’il grattait ensuite par endroits, à la spatule, pour faire émerger certains éléments antérieurs. Parfois, De Kooning ne touchait pas à ses tableaux pendant des jours et recouvrait alors la peinture encore humide de papier journal pour en ralentir le dessèchement. Quand il enlevait ensuite la feuille, des motifs publicitaires, des gros titres et des articles s’étaient imprimés sur la peinture à l’huile. De Kooning laissait alors ces éléments et les intégrait à son travail.

Les différents stade du processus de création de Femme I (1ère page) , qui s’étendit sur plusieurs années, montre que de Kooning s’intéressait aux supports de la vie quotidienne où la femme apparaissait (journaux, magazines, publicités, …). Un exemple typique est le sourire aux dents d’un blanc éclatant, artificiel des panneaux et des photos de stars.. L’artiste les découpait dans des publicités de cigarettes par exemple.

Il commençait par travailler le visage de la femme. (…) Ce qui lui donnait du fil à retordre, c’était l’expression, le regard, le sourire. La figure féminine sur la toile, surtout son visage, semblait résister au processus pictural de l’abstraction.

Avec ses tableaux de femmes, de Kooning traite à sa manière la question qui se posait à l’époque, concernant le bien-fondé du beau. « Les gens peignaient un joli monde mais nous nous sommes aperçus que le monde n’était pas beau. La question morale que nous nous posions, de Kooning, Pollock, moi-même, était de savoir: que fallait-il enjoliver? » (Barnett Newman en 1962). La série des femmes et le débat qu’elle suscita allaient en quelques années rendre De Kooning mondialement célèbre.

Femme 1948   Woman 4

Femme (1948)                                                     woman IV

Woman 5 Woman IV

Les œuvres de De Kooning qui représentent des femmes ont une curieuse faiblesse, toujours la même. Cette faille correspond à un défaut de logique picturale. Chaque peintre, aussi libre soit il, obéit à une logique formelle qui lui est propre et qui constitue le fondement de son style. Or, dans ces tableaux, il existe une sorte de discordance entre le visage et le corps du personnage. Le visage est dessiné alors que le corps est peint. Cela s’explique moins par la grande variété des procédés dont de Kooning use lorsqu’il travaille : dessins exécutés sur la peinture, collages, ajouts d’éléments appartenant à des travaux antérieurs, inversions anatomiques, etc., que par une réelle difficulté à déstructurer la figure humaine. Les yeux génèrent une sorte de malaise plastique. Le regard trop appuyé, dérive d’une manière plus ou moins perceptible vers la caricature. De Kooning dira: « j’aime les belles femmes; Dans la réalité et même les modèles dans les revues. Parfois les femmes m’irritent. Dans la série des Femmes, j’ai peint cette irritation. Voilà tout. »

L’œil est l’élément du corps qui se reconnaît le mieux lorsqu’il est isolé de son contexte. Notre cerveau a tendance à décoder en priorité sa représentation. Il est l’organe anecdotique par excellence. Un peintre devrait donc, au-delà de la charge symbolique de ce signe, lui porter une attention formelle toute particulière. Cela enlève cependant peu de chose à la peinture de De Kooning. Celle-ci est exceptionnellement ouverte, libre, audacieuse, et donc d’une certaine façon vulnérable.
Avec raison, ce peintre a dit ne pas être intéressé par l’idée de style. Mais ne pas chercher quelque chose ne veut pas dire qu’on ne l’obtient pas. En réalité il faisait preuve de style en tout : “L’idée selon laquelle la nature serait chaotique et que l’artiste l’ordonnerait me semble absurde. Mettre un peu d’ordre en nous-mêmes, c’est tout ce que nous pouvons espérer”.

Femme I, 1961  femmes I, 1961

Bien qu’il aimât New York profondément, il partageait souvent son temps entre la métropole et Long Island. Les paysages qu’il voyait défiler pendant ses trajets sur l’autoroute laissèrent en lui des impressions, mêlées du sentiment de quitter la ville ou d’y retourner, qu’il déversa dans une série de tableaux, peints à la fin des années 50. En comparaison avec le travail plus minutieux et souvent remanié des Femmes, les tableaux qu’il réalisa sur ce sujet évoquent un geste de libération.

Il interprétait d’une manière personnelle la notion de paysage ce qui n’avait que très indirectement quelque chose à voir avec ce que l’œil perçoit dans les espaces extérieurs réels.

Matin de septembre 1958
matin de septembre, 1958

A la différence de peintres de paysages du XIXème siècle, comme Monet ou Constable, il ne peignait pas en extérieur, mais à son retour dans l’atelier.

Suburb in Havana  Banlieue de la Havane, 1958

En 1954 déjà, il avait commencé, avec Palissade, une série connue sous le nom de Highway Painting. Durant ces années il s’intéressa davantage aux transitions entre la grande ville et la banlieue qu’à une idylle pastorale. Il cherchait à rendre les contrastes entre la ville, sa périphérie striée d’autoroutes et de panneaux publicitaires, et la campagne.

Palissade
Palissades

Une autre génération d’artistes avec de nouvelles conceptions et un style de vie différent étaient entrain de monter. Au début des années 60, le Pop Art détrôna l’expressionnisme abstrait de sa position prédominante (Roy Lichtenstein, Andy Warhol). Dans cette phase de transformation de la scène artistique new-yorkaise et internationale, De Kooning décida de se retirer de la ville dans une petite maison de campagne à The Springs, dans l’East Hampton.

Son travail abstrait est alors marqué par ses observations locales.

Sa palette emprunte des tons trouvés dans la nature.

Pastorale
Pastorale

A peu près à cette même époque, De Kooning se remet à ses tableaux de femmes jusque dans les années 70. A la différence des tableaux des années antérieures qui se référaient souvent à des modèles historiques (idoles préhistoriques, madones de la Renaissance, nus féminins d’Ingres ou de Picasso), ces Femmes des années 70 semblent inspirées par la culture populaire. Ils adoraient les flaques. Sa peinture, avec ses contours fluides et, en apparence, non fixés, a cet aspect brouillé que l’on voit dans les reflets d’une eau agitée.

Femme sur un panneau
Femme sur un panneau II, 1967

Puis il expérimenta une autre manière de travaillée déjà mise en œuvre par les surréalistes: l’ »écriture automatique ». C’était une tentative de réduire l’emprise de la conscience pour faire davantage la place à l’intuition et à l’inconscient. Il développa une méthode pour travailler les yeux fermés. Il appliquera cette méthode, plus tard, pour modeler ses sculptures.

Montauk IV
Montauk IV, 1969

Ses œuvres évoquent souvent dans le motif et leur titre les lieux de leur création.

Les figures hautes et droites  des tableaux en hauteur ont pu être inspirées par des photographes de mode appréciées à ce moment là, montrant des figures féminines prises en contre-plongée entrain de sauter en l’air.

« Le tableau « Femme Accabonac » de 1966 est très visqueux. On le dirait tailladé. Souvent les gens ne soupçonnent pas l’incroyable discipline qu’il faut pour une telle peinture, parce qu’elle paraît si arbitraire. Mais Bill ne cessait de le peindre et repeindre jusqu’à obtenir le geste précis qu’il voulait, non qu’il ait connu le geste d’entrée de jeu, mais il savait que c’était ça quand il y parvenait enfin. » (Elaine de Kooning, 1983 – 84).

Femme accabonac 1966  Chercheurs de coquillages 1964

Femmes Accabonac, 1966                                       Chercheur de coquillage, 1964

De Kooning aborde, à cette époque, un nouveau domaine artistique: la sculpture.

Chercheur de coquillages 1972  Figure aux jambes croisées
Chercheur de coquillage, 1972                       Figure aux jambes croisées

Femme assise 1969-1980 Femme assise, 1969 – 1980

'Standing Figure' (1969-1984)  Personnages debout

Depuis 1983, De Kooning ne travaillait plus que sur un tableau à la fois et le laissait sur le chevalet jusqu’à son achèvement. Tout en peignant, il jettait des coups d’œil sur le côté où se trouvait d’autres tableaux qui l’inspiraient pour son nouveau travail. De cette façon, De Kooning réalisait de véritables séries. Sur la toile couverte d’une couche de peinture claire, il traçait à l’aide d’un large pinceau les contours de formes abstraites où prédominaient les couleurs primaires: bleue, jaune et rouge. De temps en temps, il passait avec la main sur les zones de transitions entre la couleur et le fond pour mieux harmoniser les bordures et obtenir une surface lisse et homogène, où les traces de pinceau avaient disparu. Il s’employa à réduire le nombre d’étapes et à tourner moins souvent la toile sur le chevalet de 90° en 90°.

Sans titre 7  Le Miaou du chat
Sans titre 7                                                Le miaou du chat

Biblio:    De Kooning par Barbara Hess (Taschen) et  http://comprendrelart.unblog.fr/

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